lundi 23 janvier 2012

N’oublions pas Alphonse ! : La France de Boudard dans «Causeur»

Alphone Boudard et ses camardes de la barricade du boulevard Saint-Michel, août 1944

L’ombre de Boudard aura plané sur l’édition durant toute l’année 2011. Les festivités ont commencé dès janvier par la parution chez Robert Laffont des Métamorphoses d’Alphonse, un recueil regroupant trois titres : Mourir d’enfance, L’étrange Monsieur Joseph et la Fermeture. En février, nous avions eu droit à un livre de souvenirs publié à La Table Ronde intitulé Ce que je sais d’Alphonse écrit par Laurence Jyl. Et l’année se termine, fin novembre, avec la sortie de La France d’Alphonse Boudard de Pierre Gillieth chez Xenia nourrie par le témoignage de Gisèle, l’épouse historique, celle des temps difficiles, des parloirs, du sana et des mauvais garçons. Ce dernier ouvrage brosse de façon concise en moins de 140 pages, le portrait de l’écrivain à l’existence mouvementée et fait découvrir quelques lettres ou textes inédits.

«Chez Boudard qui en a croisé pourtant des terribles, le jugement sur les hommes est toujours nuancé par le trait d’humour, l’indulgence de l’ancien « décapsuleur de coffiots certainement. » A la différence de Céline, Boudard aime ses personnages, il leur trouve toujours des circonstances atténuantes, même les plus salauds sont sauvés in-extremis. Cela n’empêche pas une galerie phénoménale de portraits : alcooliques flamboyants, mages priapiques, résistantes nymphomanes et compagnons de cellule affreux, sales et méchants.

Les concours de rots et parties de fesses en l’air ne sont qu’un voile, car derrière cette gauloiserie, il y a les libérateurs pitoyables, les cours de justice infamantes, les prisons dégueulasses, les mouroirs qui s’appellent hôpitaux, toute la misère humaine racontée avec verve et colère. Cet amalgame-là unique dans la littérature rend la lecture de Boudard à la fois distrayante et terrifiante. On est en même temps chez Villon, chez Zola, chez Rimbaud, et les Pieds Nickelés ne sont jamais très loin.»